Vous êtes ici
Accueil > Idées > Un débat (grand et national) et après… des bas ou des ébats

Un débat (grand et national) et après… des bas ou des ébats

Je crois utile et nécessaire de poser comme préalable à ce débat, une exception méthodologique concernant les modalités de sa restitution, tout comme je crois également utile, parce que la question est intimement liée, de questionner l’algorithme, qu’il soit déjà formalisé ou non, avec lequel sera déterminée la « décidabilté » de ce qu’il y a lieu de retenir parmi l’ensemble des propositions. Je parle d’emblée d’algorithme, autrement dit d’informatique, car étant donné la briéveté du délai imparti, trois mois, et la masse des données déjà produites, il ne peut s’agir raisonnablement d’envisager leur recollation manuelle. Dans le dispositif global, internet ne sera q’un adjuvant pour la saisie de ces données, il reste à écrire le logiciel politique.

Pour débattre efficacement, nous – ici présents et nos amis ailleurs, devons connaître et savoir expressément – parce que cela emporte de nombreuses conséquences, si nous positionnons nos réflexions, nos paroles et demain nos actes, dans la perspective d’un absolutisme, revisité par la pratique du Président de la république dont le pouvoir décisionnaire impacte, de manière para-monarchique, la vie de chacune ou de chacun, ou bien si nous invitons l’intelligence collective, selon des modalités dont il convient de définir à l’avance les points d’application, au sein même de ce débat en qualité de constituant garant de la robustesse de celui-ci.

En effet, ce débat, présenté avec volontarisme par ses promoteurs comme grand et national, est l’occasion, peut-être la dernière avant longtemps, de nous saisir collectivement, grâce à l’action des Gilets Jaunes, qu’ils en soient vivement remerciés, de ce qui serait constitutif – et partant « constituant », au sens politique du terme, de l’esprit français, c’est-à-dire de sa dimension profondément classique, laquelle dans mon esprit, correspond à cette faculté de modération hardie dans la capacité que le peuple français a de rénover le contrat social et politique qui engage ses membres les uns vis-à-vis des autres. Je veux profiter de l’occasion pour préciser que le « citoyennisme » ne constitue pas l’horizon indépassable d’un tel contrat.

Face à l’improvisation du gouvernement actuel dont la rigueur démocratique semble mal assurée, à l’aune de la demande, exorbitante du droit commun, de la secrétaire d’état Schiappa désireuse de faire œuvre de basse police en réclamant les noms de ceux qui financent telle ou telle cause (affaire du boxeur), ou bien par référence au fonctionnement groupusculaire, quasi sectaire, du parti de gouvernement dit LREM (ou LAREM) dont les élus peuvent changer de pied au gré des remontrances qui leur sont adressées – la récente émission Cash Investigation au sujet de l’interdiction de l’herbicide Glyphosate, est éclairante à leur endroit – nous devons nous interroger, en conscience, sur la validité, j’oserais dire la désirabilité, du mécanisme qui établira la décidabilité et partant la valeur opérationnelle (vraiment) des propositions formulées.

Si ce point méthodologique me parait aussi nettement constitutif de la qualité du débat – c’est-à-dire constituant, c’est que la question de la constitution du sujet même de ce débat et de ses limites, se pose avec acuité à tous ceux qui veulent, ou non, intervenir. Cette « constitutionnalité » a laquelle les législateurs dans leur grande sagesse, ont accordé les lumières d’un conseil entier pour la valider, doit donc être examinée de conserve avec le débat lui-même car le président Macron, jeune par l’âge et la durée dans la fonction, semble confondre quatrième et cinquième république et c’est pourquoi son comportement ambigu ne parvient pas à dissiper tout-à-fait la nécessité de l’élaboration d’une sixième république. Examinons en quoi ce président confond ces institutions successives.

La source de la confusion tient à l’origine de la légitimité qui s’attache à la fonction présidentielle. Pour mémoire, la quatrième république confiait l’élection du président à un collège de 80 000 grands électeurs tandis que la cinquième république, amendée par son fondateur Charles de Gaulle, choisissait comme source à la légitimité présidentielle : le suffrage universel. L’actuel président Emmanuel Macron après une élection au suffrage universel, voyant sa légitimité fortement contestée par la rue, avec l’approbation d’une majorité dont les instituts de sondage se chargent de rendre le silence assourdissant, en vient par l’artifice du grand débat national, dont il dit avoir à cœur le succès, à organiser pour son compte propre, et – il faut le dire – en catimini, une tournée auprès de ces élus de proximité qui fournissaient hier leur contingent au collège des grands électeurs de la quatrième République, tant Emmanuel Macron ressent que leur action serait de nature de revivifier sa propre légitimité.

Nous sommes ici, au cœur du « en même temps » macronien lequel veut tout sans le pouvoir : l’allégeance concomitante du peuple et des élites. Sa rhétorique convoque à la fois l’assentiment populaire auquel il pourrait, autant que de besoin, substituer l’onction des grands électeurs chargés par la suite d’assurer le service après-vente de cette novation : soit le cadrage-débordement de la volonté populaire. La rencontre d’un homme et d’un peuple au cœur du logiciel de la cinquième république se trouve ainsi dévitalisée. Voilà qui rappelle le tour de France du jeune Louis XIV faisant le tour de ses états pour juguler l’importance de la Fronde. Pure coïncidence Louis le Quatorzième se fait représenter par Charles Poerson 1654, sous les traits d’un « Jupiter vainqueur de la Fronde » ! Cette posture n’est guère en phase avec les enjeux politique de ce que les chercheurs en sciences sociales nomment l’Anthropocène : l’ère de l’être humain advenue en raison de sa maîtrise de son environnement, que l’on juge détestable ou dangereuse ou pas ladite maîtrise.

Cette valse hésitation du président entend, dans le cadre d’une idéologie qui reste globalement celle de l’ultra-libéralisme (très « mal » redistributive ?), faire l’économie d’une réflexion sur le modèle politique consuméro-productiviste sous-jacent aux problématiques fiscales et économiques présentées comme « naturellement » audibles et partant recevables. Le solutionnisme le plus étroit perce sous le discours officiel et ses éléments de langage. Quand les Gilets Jaunes parlent de « miettes », j’entend plutôt le mot rustine car ce sont les « rustines systémiques » qui permettent de promouvoir ces « miettes », en apparence réparatrices, comme des solutions ex-ante. Héritier en ligne directe des regalia qui sont les emblèmes des fonctions royales ou régaliennes, le président Emmanuel Macron se prépare à guérir les écrouelles par l’imposition de son verbe créateur dans les territoires, dénomination nouvelle des états d’ancien régime. Il possède en effet le pouvoir de nous imposer son verbe par voie de happening télévisuel mais hélas le problème n’est pas, ou plus là – et j’ajouterais qu’il se situe à l’exact opposé dans ce que signifie la contestation, sans doute à trop d’égards outrageuse, des élites, au premier rang desquelles, la chefferie présidentielle qui a compté dans ses rangs un personnel comme le chargé de mission Benalla.

Cette confusion des époques et des genres, à tout point de vue victime de sa propre nostalgie malgré le vernis pro-actif d’un « startupping » de pacotille, ne répond sur aucun plan, à la volonté qu’exprime les parties en présence, à l’exception de la faction présidentielle créditée de 23 % de popularité, de se reconstituer et partant de se constituer politiquement.

C’est pourquoi en guise de conclusion provisoire, je demanderais que les actes de ce débat soit versés, en priorité, pour valoir ce que de droit, au rang des minutes en vue de la constitution de la future sixième république, désirée, nécessaire et urgente ! Il s’agit de la première proposition à portée méthodologique, dans l’attente de la production du logiciel de traitement adéquat des doléances car nous sommes au regard de la dynamique de l’histoire qui, cette fois, s’est mise en marche sans le soutien des médias mainstream, des constituants. Pour ma part, je suis prêt à le jurer et à recevoir d’autrui un serment symétrique.

Vive la VIe République, vive la France.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Top